Pierre Cochereau

Avis ! Ce texte, extrait du site de l'Association des Amis de l'Orgue de Roquevaire, est réproduit sur le site Vierne seulement en raison de difficultés techniques (lenteur du déchargement de la page originelle, complexité de sa présentation visuelle et html pour tout logiciel-browser, etc) qui nous empêchent de lier directement à la version originelle (http://service.worldnet.net/coch-roq/).

Tous droits réservés ©1997 par l'Association des Amis de l'Orgue de Roquevaire.

Né en 1924, Pierre Cochereau opte résolument pour la musique après le cycle normal de ses études secondaires. Il entre alors au conservatoire de Paris où il reçoit l'enseignement de Marcel Dupré, Maurice Duruflé, Norbert Dufourcq, Tony Aubin, N. et J. Gallon. Il y obtient les premiers prix d'orgue d'harmonie de composition et d'histoire de la musique. Organiste de l'église Saint-Roch dès 1942, c'est en 1955 qu'il devient titulaire des grandes orgues de Notre-Dame de Paris. Directeur du conservatoire du Mans de 1950 à 1956, Pierre Cochereau dirige dès 1962 le Conservatoire de Musique de Nice, tout en poursuivant sa carrière de concertiste, tant en France qu'à l'étranger. Il abandonne ce poste en 19S0 pour prendre la direction du Conservatoire de Lyon. Pierre Cochereau servit les maîtres de l' orgue classiques, romantiques et contemporains, par ses interprétations à la fois brillantes et respectueuses de la tradition. Continuateur des grands organistes du XIX Siècle il était unanimement salué comme un maître de l'improvisation où son inspiration tirait parti de toute la richesse des registrations de l'instrument de Notre-Dame. Lors de sa disparition prématurée en 1984, le monde de l'orgue perdait non seulement un grand soliste mais aussi un artiste sans cesse soucieux de vouloir initier à l'orgue un public toujours plus vaste, en faisant construire notamment un orgue portatif de 14 jeux (aujourd'hui installé dans la chapelle Saint-Paul à Cannes) avec lequel il se déplaçait et donnait des récitals comme soliste ou accompagnateur.

Chez lui, à Paris, il possédait un orgue de 70 jeux sur 5 claviers : incomplètement remonté dans sa demeure niçoise, cet instrument vient de renaître en 1997, au sein de la conception du nouvel orgue de Roquevaire (Bouches-du Rhône) à travers lequel il va rayonner à nouveau. Également compositeur, Pierre Cochereau nous laisse des pages pour piano, un quintette avec piano des mélodies, et bien sur des oeuvres pour orgue, dont une symphonie. Par ailleurs, bon nombre de ses improvisations enregistrées ont fait et font toujours l'objet de transcriptions qui sont éditées, improvisations enregistrées (Editions Chantraine) et dont plusieurs seront données lors du 1er Festival d'Orgue de Roquevaire . Cela témoigne d'un réel regain d'admiration pour celui qui a défendu si noblement, et au prix de sa vie, l'orgue symphonique.

Jean-Robert Cain
Maître d'oeuvre pour la reconstruction
de l'orgue St-Vincent de Roquevaire


L'Improvisateur...

Reconnu dans le monde entier comme l'un des improvisateurs les plus inspirés, Pierre COCHEREAU fut le prestigieux titulaire des Grandes Orgues de Notre-Dame de Paris, de 1955 jusqu'à sa mort prématurée en 1984 : il n'avait pas 60 ans. Au cours de sa "carrière d'église" sa participation musicale a été, de façon exemplaire, intimement liée au déroulement de l'office. Au service de Notre-Dame ". comme il se plaisait à le dire, l'organiste liturgique possédait également un désir inné de faire partager sa passion, en rendant l'orgue accessible à tous. Plus de 2000 concerts (dont 25 tournées aux USA) de nombreuses émissions télévisées, les auditions offertes le Dimanche à Notre-Dame, y ont contribué, par la fascination qu'il engendrait. Aucune concession cependant chez cet être enthousiaste qui, pour "séduire", n'a jamais choisi la facilité.

Certes, Pierre COCHEREAU avait des dons exceptionnels. A André FLEURY l'un de ses premiers maîtres, qui lui demandait un jour s'il travaillait l'improvisation, Pierre COCHEREAU répondit : « jamais... Ce que je fais à Notre-Dame et au concert me sert d'entraînement". Mais ceux qui ont eu le bonheur de l'entendre improviser (et ce disque en témoigne) restent stupéfaits devant tant de facilité. Il s'assimilait lui-même à un prestidigitateur comme s'il avait appris des [...] trucs "pour faire illusion... Quelle modestie! Avec le recul, sa personnalité se dévoile encore plus clairement : c'était avant tout une immense culture musicale et générale, un goût pour l'archéologie organistique moindre que sa curiosité permanente pour les technologies modernes, un charisme légendaire fascinant tous ceux qui l'approchaient . Homme en perpétuel mouvement, à l'imagination débordante et intarissable, ses improvisations traduisent parfaitement l'esprit vif et la force de concentration qui le caractérisaient.

Le choix des thèmes populaires que COCHEREAU a souvent utilisés, témoigne également de son souci de rester "près du public", tout comme la manière de traiter ces thèmes. Capter l'attention d'auditeurs pas forcément initiés, maintenir celle-ci par des rythmes et des modulations évitant toute monotonie, faire en sorte que celui qui écoute puisse se retrouver, voire se reconnaître dans l'oeuvre, donner le sentiment qu'il y a encore de la "réserve" (et il y en avait.), mais aussi mettre en valeur les multiples combinaisons sonores d'un instrument en variant, de façon incessante les registrations, "ne pas faire trop long" comme il disait", tels étaient ses principaux objectifs.


Pierre Cochereau fait partie de ces êtres prédestinés que Dieu crée parfois pour apporter aux autres, dans le domaine de la science ou de l'art, lumière et bonheur. Il est passé sur la terre en répandant à profusion ses merveilleuses improvisations, suscitant émotion, enthousiasme, et soutenant la prière de ses auditeurs lors d'offices religieux. A une admirable "pâte harmonique" coulant de ses doigts, s'adjoignait un grand art de la construction, car il utilisait parfaitement les grandes formes classiques.

Pierre fut l'un des plus brillants élèves de la classe d'harmonie de mon mari, et l'un de ceux qu'il a particulièrement aimés, admirant ses dons prodigieux, et appréciant vivement sa gentillesse et son humour. De son côté, Pierre témoignait à son Maître un très affectueux attachement et une profonde estime envers son immense talent musical. Un soir, en 1945, mon mari nous entraîna à sa suite, ma soeur et moi, à St-Roch pour une audition privée . Ma soeur lui dit ." Comment? Vous nous emmenez écouter un tout jeune organiste. "Maurice lui répondit : "Oui, mais c'est un improvisateur extraordinaire!"

De fait, nous avions passé une soirée inoubliable, dans la pénombre de l'église, écoutant ces flots de musique inouïe tombant des voûtes . Pierre, encore tout jeune, nous invita un jour à venir voir, à Chatou un studio d'enregistrements et un orgue, tous deux construits par lui-même, car c'était un technicien hors pair. Il renouvela cette double performance ensuite, quand il habita Paris et l'amena à la perfection . Nous avons eu d'autre part l'occasion d'apprécier ses capacités exceptionnelles de Directeur de Conservatoire, ayant été appelés par lui à faire partie de ses jurys aux concours de 1966, à Nice. Quelle activité débordante fut la sienne, menant de front ses multiples voyages, ses charges de Directeur (au Mans, à Nice, à Lyon ...), ses services à Notre-Dame.

Mais [ ... ] il savait s'amuser aussi parfois. [ ... ] Comme à la fin d'un repas où ils nous avaient gentiment conviés, lui et Nicole, insistant tous deux pour que nous prenions une banane pour le dessert, ils rirent de tout coeur quand cette "banane-attrape", sous la pression de nos doigts, émit un coin-coin!

J'ai eu le privilège de suivre la classe d'orgue de Marcel Dupré en même temps que lui . Il nous éblouissait par ses prodigieuses improvisations dans le "thème libre" mais très bon camarade, nous félicitait quand nous avions bien joué.

Pierre Cochereau, nature d'élite, inoubliable, et que nous avons été comblés de connaître;. Remercions le Ciel que sous son impulsion et par la protection de la Vierge Marie, le Grand-Orgue de Notre-Dame de Paris soit tenu maintenant par d'excellents titulaires .

Paris le 15 Mars 1997.
Marie-Madeleine DURUFLÉ.

Bibliographie :
L'Orgue "Cahiers et Mémoires" Pierre Cochereau. N°42 1989II.

Tous droits de reproduction réservés ©1997 par l'Association des Amis de l'Orgue de Roquevaire.
Dernière mise à jour: ven 12 mars 03h01 UTC 1998