| Interprètes | Louis Vierne, 1870-1937 |
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Comment avez-vous découvert la musique de Louis Vierne ? Quand j'étais enfant, mon père m'amenait à de nombreux concerts d'orgue aux Pays-bas. A cette époque (les années soixante), les organistes jouaient rarement les uvres d'orgue de Louis Vierne ou de tout autre organiste symphonique français. Cependant, il y avait un organiste aux pays-bas qui jouait les uvres de Vierne, c'était Feike Asma. Mais quand il en jouait sur les vieux orgues néerlandais, cette musique sonnait à mes oreilles comme du mauvais Reger, et était peu convaincante. Quand je vins à Paris pour la première fois en juin 1971 (juste après la mort de Marcel Dupré), j'entendis la musique de Vierne sur les instruments symphoniques pour lesquels elle avait été écrite, et je fus alors complètement envoûté par cette musique. Quelle est la première uvre de Vierne que vous avez interprété ? Le Carillon de Westminster Quelle est l'uvre de Louis Vierne que vous préférez ? C'est difficile à dire, mais j'aime beaucoup la 6ème symphonie. Est-ce que vos préférences ont évoluées avec le temps ? Oui. Au début j'avais une préférence pour la première période de Vierne, celle oł il était encore dans les traces de Widor. Mais plus tard, mon opinion a évolué (tout comme le style de Vierne!), et j'ai commencé progressivement à aimer son style très personnel et souvent harmoniquent très complexe. Quelle est l'uvre de Louis Vierne que vous souhaiteriez le plus ardemment connaître parmi celles qui vous sont inconnues ? La 7ème symphonie, qu'il souhaitait écrire, mais qu'il n'acheva jamais. Quel est le (ou les) trait(s) d'écriture de Vierne qui vous paraît (ou paraissent) le plus caractéristique ? La couleur harmonique et la poésie. Pensez-vous pouvoir attribuer une (ou plusieurs) caractéristique(s) de sa musique à sa cécité ? Et si oui laquelle (ou lesquelles ?) On ne pourra jamais prouver que sa cécité ait eu une influence sur sa musique. Ce pouvait aussi être sa sensibilité propre? Certainement une vie pénible en général, emplie de misères, de découragements et de chagrins influença sa musique en grande partie. Dans quel domaine (orgue, musique de chambre, symphonique etc.) Louis Vierne a-t-il selon vous, produit ses plus belles uvres ? L'orgue. Dans quelle expression (poésie, puissance, intériorité etc.) Louis Vierne a-t-il selon vous le mieux réussi ? La poésie. Si vous avez lu le livre de Bernard Gavoty, que vous a-t-il apporté dans votre interprétation de la musique de Vierne ? L'excellent livre de Bernard Gavoty m'a beaucoup inspiré. Avant de le lire (il y a fort longtemps déjà), je connaissais la musique d'orgue de Vierne mais pas l'homme et son caractère. En lisant la biographie de Gavoty, j'eus le sentiment de voir Vierne renaître à la vie et je compris ses compositions mieux qu'auparavant. Pouvez vous concevoir l'uvre de Louis Vierne sans penser à sa vie ? Non, parce que sa vie tourmentée est tellement reflétée dans ses uvres. Avez-vous connu des élèves de Vierne, ou toute personne l'ayant rencontré ? Si oui, vous ont-elles donné des indications sur la façon d'interpréter son uvre ? En 1985, j'ai rencontré Monsieur Fonvieille à Toulouse, qui étudia avec Vierne, mais je n'ai jamais eu l'occasion de discuter de Vierne avec lui. Daniel Roth et André Isoir m'ont dit des choses intéressantes à propos de Vierne (par exemple concernant son phrasé et ses indications métronomiques pour le moins douteuses.) Pensez-vous que les nouvelles techniques (disques, médias, internet) peuvent jouer un rôle dans la diffusion et la compréhension de la musique de Vierne ? Oui, complètement. Louis Vierne peut-il devenir "populaire" ? Je ne le pense pas, parce que la plupart de sa musique est trop déprimante pour devenir populaire. Vierne n'a jamais eu l'intention d'écrire des uvres gais. Pour Vierne, la joie et l'humour était toujours liés à l'ironie. Pensez-vous que sa musique de piano, ses mélodies ou sa musique symphonique peuvent égaler en notoriété sa musique d'orgue ? Pourquoi ? Non, parce que dans le domaine du piano, des mélodies et de la musique symphonique, il y a trop de rivalités avec la musique d'autres grands contemporains, qui ont toujours été davantage sur le devant de la scène que Vierne. Comme Widor, Vierne n'était pas assez "moderne" pour figurer au premier rang des compositeurs du XXe siècle. Néanmoins, il a écrit d'excellentes pièces maîtresses pour beaucoup d'instruments différents. Je pense cependant qu'il confia ses plus profondes pensées à l'orgue. Quel(s) compositeur(s) pourrait-on rapprocher de Louis Vierne ? Quels sont, selon vous, ses pères et ses fils spirituels ? Les pères spirituels de Vierne ont été sans aucun doute César Franck et Charles-Marie Widor. Pour ma part, ses fils spirituels furent Maurice Duruflé et André Fleury. Louis Vierne a-t-il pour vous une importance particulière par rapport aux autres compositeurs ? Pourquoi ? Louis Vierne est pour moi un des plus grands compositeurs pour orgue, parce qu'il a poursuivi le genre symphonique, qui avait commencé avec Widor et Guilmant, de façon très personelle, et il amena ce genre musical à son zénith. Son langage musical, très passionné, parle aux curs des auditeurs et sa maîtrise de la symphonie pour orgue est exceptionnelle. Avez-vous des projets d'enregistrements d'une uvre de Louis Vierne ? ou un désir ? Après avoir enregistré en CD l'intégrale des symphonies pour orgues (1985) et les 24 Pièces de Fantaisie (1998), j'enregistrerai prochainement les 24 Pièces en style libre et le reste des uvres d'orgue au printemps 2000. De cette façon, j'aurais enregistré l'intégrale de l'uvre d'orgue de Vierne. Envisagez-vous d'enregistrer, un jour, sa musique pour orgue et orchestre ? et de piano ? Non, je ne prévois pas de le faire pour l'instant. Pensez-vous que les maisons de disque soient réticentes lorsqu'un interprète leur propose un programme " Vierne " ? A votre connaissance, cela fait-il une différence s'il ne s'agit pas de musique pour orgue ? Je pense qu'aujourd'hui les maisons d'édition sont enthousiastes à l'idée d'enregistrer un programme d'orgue de Vierne. Quand j'ai enregistré les six symphonies en 1985, c'était encore un grand risque pour une maison d'édition. Elles préféraient éditer les sonates pour orgue de Guilmant, parce qu'elles sont plus faciles d'écoute. Mais je réussis à les persuader et cela marcha bien: le disque fut un grand succés. Je pense que c'est différent avec la musique de Vierne pour les autres instruments. Les maisons d'édition semblent encore être assez réservées sur ce point. Quels projets de concerts en France ou à l'étranger avez-vous ? A côté de nombreux autres concerts, je joue cette année [1999] l'intégrale des symphonies pour orgues de Widor en cinq concerts dans trois différents lieux: Katwijk aan Zee (Pays-bas), Bonn et Düsseldorf (Allemagne). J'ai joué l'intégrale des uvres pour orgue de Vierne en six concerts à Katwijk aan Zee et Bonn en 1997. L'année prochaine, "l'année Bach", je jouerais beaucoup de Bach et je ferais 5 nouveaux enregistrements, parmi lesquels un de mes nouveaux projets: les uvres pour orgue de Marcel Dupré (le premier disque de cette série, enregistré à Saint-Ouen de Rouen (France), paraîtra en Octobre 1999) Quels sont pour vous les plus grands interprètes de Vierne que vous ayez entendus ? Parmi les interprètes que j'ai entendu jusqu'à présent, j'aime beaucoup Olivier Latry, Louis Robillard et Daniel Roth. Joue-t-on moins, autant ou davantage la musique d'orgue de Vierne qu'il y a une trentaine d'années ? Fort heureusement les organistes jouent beaucoup plus de musique de Vierne qu'il y a 30 ans. Sentez-vous aujourd'hui une prise de conscience significative pour le reste de son uvre ? Un petit peu, oui, mais encore rien de très significatif L'uvre de Vierne, selon vous, défiera-t-elle l'épreuve du temps ? Oui, absolument, comme toute musique authentique dans la qualité et l'inspiration. |
| Dernière mise à jour: dimanche 19 déc 1999 |