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Vierne raconte...
Enfance à Poitiers
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[...] Ma famille habitait 13 rue de l'Eperon (numéro fatidique qui m'a poursuivi toute ma vie). Mon père, licencié ès-lettres, qui pendant quelque temps avait suivi la carrière de professeur de lycée et avait eu, à Cahors, ledit Gambetta pour élève, avait abandonné l'enseignement pour se consacrer au journalisme. Bonapartiste irréductible, il menait, contre la jeune République, une bataille sans merci dans le Journal de la Vienne, dont il était le rédacteur en chef. Ma mère était sans profession. Je vins au monde presque aveugle et mes parents en éprouvèrent un très vif chagrin : de ce fait, je fus entouré d'une chaude et continuelle tendresse qui, de très bonne heure me prédisposa à une sensibilité presque maladive... Cela aussi devait me suivre toute ma vie and devenir la cause de joies intenses et d'inexprimables souffrances. Mon père, qui apportait dans la lutte politique l'ardeur farouche d'un partisan aussi violent que convaincu, était, dans la vie privée, le plus doux, le plus charmant, le plus fin des hommes; optimiste jusqu'au paradoxe, il vivait dans un rêve et ne doutait pas un seul instant qu'un jour [...] ses désirs de bonheur, de félicité morale et matérielle pour lui et pour les siens ne devinssent des réalités. [...]
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| Dernière mise à jour: dim 08 mar 22h41 TUC 1998 |